Le chat de Kant

Revolution, revolution...
Répondre
clement
Administrateur du site
Messages : 2021
Inscription : lun. 13 déc. 2004 23:00
Localisation : Grenoble, France
Contact :

Le chat de Kant

Message par clement » dim. 15 juin 2008 17:40

Note : J'aurais tout aussi bien pu mettre ce sujet en physique.

Chat de Schrödinger :

L'expérience du chat de Schrödinger fut imaginée en 1935 par le physicien Erwin Schrödinger, afin de mettre en évidence des lacunes supposées de l'interprétation de Copenhague de la physique quantique, et particulièrement mettre en évidence le problème de la mesure.

La mécanique quantique est relativement difficile à concevoir car sa description du monde repose sur des amplitudes de probabilité (fonctions d'onde). Ces fonctions d'ondes peuvent se trouver en combinaison linéaire, donnant lieu à des « états superposés ». Cependant, lors d'une opération dite de « mesure » l'objet quantique sera trouvé dans un état déterminé ; la fonction d'onde donne les probabilités de trouver l'objet dans tel ou tel état.

C'est la mesure qui perturbe le système et le fait bifurquer d'un état quantique superposé (atome à la fois intact et désintégré par exemple… mais avec une probabilité de désintégration dans un intervalle de temps donné qui, elle, est parfaitement déterminée) vers un état mesuré. Cet état ne préexiste pas à la mesure : c'est la mesure qui semble le faire advenir.

Toutefois, la notion de mesure ou de bifurcation n'apparaît pas explicitement ni même indirectement dans le formalisme quantique, et les tentatives d'en faire surgir cette notion se heurtent à d'extrêmes difficultés. En conséquence, certains physiciens n'accordent aucune réalité physique au concept de mesure ou d'observation. Pour eux, les états superposés ne s'effondrent (ou ne « bifurquent ») pas, et l'état mesuré n'existe pas réellement.

C'est pour faire apparaître le caractère paradoxal de cette position et pour poser de manière frappante le problème, que Schrödinger a imaginé cette expérience de pensée.

Erwin Schrödinger a donc imaginé une expérience dans laquelle un chat est enfermé dans une boîte fermée avec un dispositif qui tue l'animal dès qu'il détecte la désintégration d'un atome d'un corps radioactif (par exemple : un détecteur de radioactivité type Geiger, relié à un interrupteur provoquant la chute d'un marteau cassant une fiole de poison gazeux).

Si les probabilités indiquent qu'une désintégration a une chance sur deux d'avoir eu lieu au bout d'une minute, la mécanique quantique indique que, tant que l'observation n'est pas faite, l'atome est simultanément dans deux états (intact/désintégré). Or le mécanisme imaginé par Erwin Schrödinger lie l'état du chat (mort ou vivant) à l'état des particules radioactives, de sorte que le chat serait simultanément dans deux états (l'état mort et l'état vivant), jusqu'à ce que l'ouverture de la boîte (l'observation) déclenche le choix entre les deux états. Du coup, on ne peut absolument pas dire si le chat est mort ou non au bout d'une minute.

Kant :

Dans l'opuscule Sur un prétendu droit de mentir par humanité, Kant défend l'universalité du devoir de vérité.
Il part de l'examen d'un exemple extrême, mais c'est justement son caractère extrême qui le rend exemplaire. Supposons que quelque criminel me somme de dire quelque chose qui met ma vie ou celle d'un autre en danger. Par exemple il me force à avouer où se cache mon ami pour le tuer. Ai-je le droit de me taire (voire de mentir) ou dois-je quand même dire la vérité ?
Kant répond que la véracité dans ses déclarations est un devoir absolu de l'homme envers chacun, si grave soit le préjudice qui peut en résulter pour lui. Si, en ne disant pas la vérité, je ne commets, certes, aucune injustice à l'égard du criminel qui me force à parler, j'en commets néanmoins une envers la morale c'est à dire envers l'humanité. C'est en effet la grandeur de l'homme que de pouvoir fonder une morale puisque celle-ci est l'œuvre de la raison, faculté qui nous distingue de l'animal. Agir contre la morale c'est donc porter atteinte à l'humanité elle-même. Dès lors il est faux de dire que la vérité puisse nuire aux hommes. C'est au contraire le mensonge (même par omission) qui nuit à l'humanité et donc à autrui. Même si se taire ne nuit pas à un individu en particulier, cela nuit à l'humanité toute entière. Il faut bien voir, en effet, qu'admettre même une seule infraction à la morale, c'est créer un précédent qui conduit à admettre toutes les infractions. Il n'y a plus de limite. La morale s'écroule et, puisqu'elle nous distinguait de la bête, ce qui en résulte est un retour de l'homme à l'animalité.
Kant ajoute que le mensonge par bonté d'âme peut même, par accident, tomber sous le coup de la loi civile. Or, ce qui n'échappe à la sanction que par accident est injuste. Le droit a valeur universelle. Une action ne saurait être juste dans certains cas et injuste dans d'autres.
Si, par mensonge, on empêche quelqu'un d'agir alors qu'il s'apprête à commettre un meurtre on est alors juridiquement responsable de toutes les conséquences qui pourraient en découler. En revanche, si l'on s'en tient à la stricte vérité, la justice publique ne peut s'en prendre à nous, quelles que puissent être les conséquences imprévues qui en résultent. Dans notre exemple, le meurtrier seul est responsable. Il est possible qu'après avoir répondu loyalement par l'affirmative au meurtrier qui demande si mon ami est dans ma maison, ce dernier en soit sorti sans qu'on le remarque et que le forfait n'ait pas lieu. Mais si, faute d'avoir dit la vérité, le meurtrier rencontre par hasard mon ami, alors c'est moi qui suis responsable du crime. En effet, si j'avais dit la vérité, peut-être le meurtrier aurait pu être arrêté par un voisin accouru et le crime aurait alors pu être empêché. Celui qui ment, même avec générosité, doit répondre des conséquences de son mensonge même devant les tribunaux civils. La véracité est un devoir et si on admet la moindre infraction au devoir, celui-ci s'effondre.

Le point qui va nous intéresser pour la suite est le suivant : Quant il ne voit pas son ami, il n'est pas certain de savoir s'il est dans la maison ou non.

Le chat de Kant

On voit tout de suite l'analogie entre les deux parties. Tant que l'observation n'est pas faite, tout est possible. Je trouve cette démarche assez intéressante pour montrer comment les mélanges d'états en mécanique quantique qui peuvent paraître si déroutant au premier abord peuvent être vu dans une situation macroscopique.

Voila, c'est ce à quoi j'ai pensé en rentrant de Part Dieu tout à l'heure.

Répondre