Charlie Hebdo, 2 ans après

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Charlie Hebdo, 2 ans après

Messagepar clement » sam. 7 janv. 2017 16:49

Charlie Hebdo, 2 ans après

La saint Sylvestre fut passé sous le signe des attentats (Istanbul), d’autres ont déjà suivi, une semaine après, en ce 7 janvier 2017, rappelons nous du jour où, deux ans auparavant, un symbole fut touché. Ce n’est pas ici le devoir de mémoire si important que nous l’avons oublié, mais j’aimerai faire un retour sur ce qu’à engendrer ce tragique événement.

« Je suis... »
Comme nombres de français et étrangers sur le territoire, je suis descendu dans la rue pour manifester mon soutien. Je considère cet événement comme mon premier traumatisme terroriste. Seul au milieu de cette foule impressionnante, j’ai tenté d’égayer ce moment douloureux par une pointe d’humour noir, expliquant à qui profite le crime, les vendeurs de cartouches d’encre noire.
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J’ai aimé le symbole du stylo/crayon brandi car c’est bien ce qui était visé, notre liberté à défier par la plume. Pourtant je n’étais pas Charlie. Les mots me manquaient pour expliquer ce qui me gênait. Le symbole se tarit. « Je suis Charlie » est récupéré par tout les combats et s’est vite transformé en « Je suis Paris », « Je suis policier », « Je suis la Terre », « Je suis Abidjan », « Je suis Istanbul », « Je suis Tunis », « Je suis Gaza », « Je suis Nigeria », « Je suis Béni », « Je suis Caïs », « Je suis Alton Sterling », « Je suis Nice », « Je suis Calais », « Je suis Fotokol », « Je suis Maroua », « Je suis le Cameroun », « Je suis Africain », « Je suis musulman », « Je suis Bataclan », « Je suis Paris », « Je suis juif », « Je suis Bruxelles », « Je suis Orlando », « Je suis Raif », « Je suis Volnovakha », « Je suis Danois », « Je suis Nemtsov », « Je suis Boris », « Je suis Tunisien », « Je suis Bardo », « Je suis chien », « Je suis Sapag », « Je suis Bruxellois », « Je suis sick of this shit », « Je suis catholique », « Je suis Kenya », « Je suis athée », « Je suis Frédéric », « Je suis Ahmed », « Je suis Yohav », etc. Et si vous ne trouvez pas votre combat, ce n’est pas grave, il existe des générateurs en ligne
http://www.jesuischarliegenerator.com/
Au final, il perd son sens, on mélange tout, peu importe les valeurs et les symboles ou la magnitude, comme si « Je suis circonflexe » ou « Je suis aéroport de St-Étienne » pour l’accueil de matchs de foot est du même ordre que le djihad tentant d’entraver l’audace d’une salle de rédaction.
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Deux ans après, le slogan « Je suis Charlie » reste gravé dans nos mémoires, utilisé par les publicitaires par delà la dignité pour nous vendre leurs produits en période de fêtes où le consumérisme est à l’honneur. L’exemple écœurant de Nikon est frappant avec leur campagne publicitaire « Je suis [un produit] »
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Le « Je suis » mis en exergue pour marteler la référence à l’horreur encore présente dans les esprits. Peu importe ce qui suit, les luttes qui ont succédé à ces meurtres sanguinaires se sont déjà réappropriés les codes montrant que finalement, il est possible de substituer l’objet tant qu’on cherche à faire ressentir un minimum de compassion. Le pas franchi pour passer du combat face issu de l’indignation au combat contre les concurrents sur le marché de la finance n’était pas si grand.
Je n’étais pas Charlie car, toute l’horreur et la symbolique mise à part, et en plus de cette récupération pressentie, il y avait une déception quand à Charlie Hebdo. Journal symbole lui-même de récupération, reprenant le nom mais dénaturant sa substance. Les éditos qui ont suivi n’ont pas été à la hauteur des enjeux. L’édito du 30 mars 2016, suite aux attentats de Bruxelles, fut infâme. Je vous laisse la lecture de l'analyse sur le site d'ACRIMED Iceberg, voile et jambon : à propos d’un éditorial de Charlie Hebdo.
Pour ces deux raisons, je ne suis pas Charlie.
De la même manière, j’ai immédiatement critiqué les « pray for Paris » après les attentats du 13 novembre car c’est justement le fanatisme religieux qui fut utilisé pour orchestrer ces attentats. Si vous pensez qu’il y a un Dieu pour en rattraper un autre, je vous annonce des conflits sans fin.

« Moi, président... »
Les événements de Charlie Hebdo furent une aubaine pour un quinquennat en déperdition. François Hollande, arrivé dans une situation économique et sociale difficile qu’il s’est empressé d’aggraver en trahissant ses promesses et son pays, et présenté comme mou par l’opposition de gauche comme de droite, par les caricaturistes et satiristes, a vu dans ces événements l’opportunité de montrer une main de fer qui a conduit aux dérives sécuritaires que nos connaissons.
Loi de programmation militaire
Le début de l’engrenage sécuritaire a commencé avec la loi de programmation militaire exposée en mars 2015. Autant vous dire que c’était un open bar sécuritaire, un peu comme le Department of Defense américain qui présentait le patriot act après les attentats en 2001, toutes les propositions des organisations gouvernementales avides de pouvoir, surtout de légaliser leurs pratiques, sont passées comme une lettre à la poste. L’intervention de Jérémie Zimmermann, cofondateur de La Quadrature Du Net, parlant de libertés fondamentales et de justice au 28 janvier 2015 lors de l’audition par le Sénat « Internet et terrorisme djihadiste », n’a pas reçu une écoute raisonnée et les acteurs politiques ont usé de leurs émotions pour substituer un bout de la justice à l’exécutif, continuant ainsi le chemin entrepris pas Nicolas Sarkozy pour supprimer la séparations des trois pouvoirs.
Surveillance de masse
En ce temps où la raison a laissé sa place à l’émotion chez nos représentants, il fallait agir vite du côté des organisations gouvernementales qui veulent légaliser et étendre leurs pratiques. La première étape passée, il fallait maintenant voir jusqu’où il était possible d’aller. La réponse fut la surveillance de masse. Cependant, dans un contexte d’une absence de subvention pour le renseignement, absence d’agents de terrain, d’analystes, de manque de moyens matériel, ces mesures sont non seulement inutiles, mais s’avèrent jouer au détriment de la sécurité intérieure. Ces événements de janvier 2015 se tiennent moins de cinq ans après la fusion des Renseignements Généraux et de la Direction de la Surveillance du Territoire, une mesure connue pour avoir appauvri le renseignement et l’aspect opérationnel. Ce nouvel organisme résultant, la Direction Générale de la Sécurité Intérieure, est « plus [doué] pour espionner les journalistes que pour lutter contre le djihadisme ».
http://www.bvoltaire.fr/alaindebenoist/ ... hez,222383
Par contre, nombreux sont les moyens légaux permettant d’effrayer la population pour qu’elle se tienne à carreaux. N’afficher pas vos convictions politiques, vos revendications, votre indignation, vous serez fiché !
État d’urgence
La politique étrangère impérialiste de la France conduit à un retour de flamme face à nos interventions, qui se traduit notamment par les attentat de novembre 2015. C'est une preuve de l'inefficacité des mesures sécuritaires, mais c'est avant tout une nouvelle inespérée pour le président François Hollande qui voit sa popularité décroître compte tenu du décalage complet entre sa politique et la réalité économique et sociale de la France. En effet, il peut à nouveau réaffirmer sa fermeté. Institutionnalisons le régime d’exception qui grappille le droit à la justice pour le donner à l’exécutif. Pour la bienséance de la COP21, nous enfermons les écologistes. Qu’ils ne viennent pas faire tâche sur les photos avec les représentants des autres pays. Montrons que le pouvoir en place est fort et sait contenir ses citoyens. Une quarantaines de personnes sont assignées à résidence depuis près d’un an. Bien que le renouvellement automatique soit désormais limité à une année, il peut être reconduit au cas par cas. L’état d’urgence, dont l’urgence n’est plus avérée depuis longtemps, devait s’arrêter automatiquement en 2017 après les élections présidentielles. Mais non, on change la loi, on proroge sans questionnement, comme le plan vigipirate, une mesure initialement temporaire en vigueur continuellement depuis 1995. Je tiens à souligner la mauvaise foi de la France qui critique l’état d’urgence turque qui est une exacte copie de notre état d’urgence.
Responsabilité des organisateurs de manifestations
Le glissement sémantique est maintenant initié. De terroristes on passe à radicaux. De sécurité à la nation on passe à trouble à l’ordre public. Qui en 2016 furent les troubles à l’ordre public ? Les manifestant contre les propositions du gouvernement. Manifestations de même ampleur qu’en 2006 contre le CPE où même un président de droite, pourtant connu pour leur absence de dignité et leur mauvaise foi, a reculé. Alors que faire contre ces personnes inconsidérées qui n’acceptent pas qu’on leur impose la précarité, la pauvreté, la pénibilité ? On les responsabilise. On cherche jusqu’où on peut contraindre la liberté de manifesté sans (trop) entraver la constitution. La responsabilité du texte proposé demande à ce qu’une demande de manifestation soit nécessairement déposé en préfecture avec un dépôt de garantie et une assurance. Le droit de manifester pour tous ? Plus maintenant, il faut être riche.
Déradicalisation
Enfin une lueur dans ce ciel sombre ? Les désillusions sont vites au rendez-vous. D’après les mots de Manuel Valls, la déradicalisation est une mesure concernant notamment les opposants de gauches qui lancent de la farine contre les policiers dans les manifestation contre la loi El Khomri. Ils sont mis sur le même plan que les djihadistes par l’ancien premier ministre. Le budget de l’état pour l’accord interministériel (5 ministres, dont Valls) ? 0€ ! L’accord autorise seulement a demandé des fonds. Je n’ose même pas imaginer le montant dépenser pour cet événement de grande envergure, comprenant journalistes, cellule communication, prises de vidéos, etc. Les personnes autorisées à demander des fonds ? Pas une seule fois devant les caméras, leur nom n'est même pas évoqué.
Renforcement des droits des policiers
La nouvelle idée pour combattre le terrorisme est le droit de tirer à vu sans sommation si on voit un terroriste avec, en bonus, port et usage de fusils mitrailleurs autorisés, ceci par transposition du droits des gendarmes. Ce projet de loi fut proposé récemment donc il n’est pas encore adopté mais nous sommes clairement entrain de créer un nouveau problème.

Cette dérive sécuritaire mène vers une sémantique étrange où l’on parle de « juge de justice », quand le juge est rattaché à la justice et ce n’est plus un pléonasme. Le terme de « juge administratif » est employé pour désigner les pouvoirs de l’exécutif, pour nous faire oublier petit à petit la séparation des pouvoir. Nous devons agir contre ce gouvernement avant qu’il ne déstabilise le pays au nom du libéralisme et de l’impérialisme !

Pour résumer, ce gouvernement, qui non seulement ne met pas les moyen pour enrailler les attaques terroristes, crée le terreau favorable à de nouvelles attaques. D’autres part, il considère que les radicaux sont les écologistes, les journalistes et les socialistes. Enfin, ce gouvernement tente désespérément de contraindre les liberté fondamentales de la population lorsque celles-ci sont enfin démocratisées, notamment grâce à nos avancées technologiques.

En conclusion, je suis plus accablé par les conséquences de cet attentat car l’État, au lieu de jouer son rôle protecteur, a contribué à la destruction de ce symbole qu’est la liberté d’expression.



L'ironie
Manuel Valls a écrit :Deux ans après, #ToujoursCharlie. La liberté d'expression et de conscience, c'est la France. #JeSuisCharlie
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