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Mediapart ven. 5 août 2016 5/8/2016 Dernière édition

L’Afrique sous pression pour des accords de libre-échange avec l’Europe

4 août 2016 | Par Fanny Pigeaud

Aveuglement idéologique

Contre la Commission, les anti-APE n'auront vraisemblablement pas de soutien de la part des gouvernements européens. En France, le gouvernement a laissé récemment entendre à des ONG qu’il espérait une conclusion des APE début 2017, assurant que ces derniers étaient une bonne option. Tant pis, donc, pour les solutions de rechange proposées par des économistes, comme le Français Jacques Berthelot de l’organisation SOL, lesquelles permettraient pourtant d’éviter les conséquences désastreuses des APE en Afrique… mais aussi en Europe : la pauvreté qu’entraîneront ces accords sur le continent aura forcément des répercussions ailleurs, comme l’augmentation des migrations vers l’Europe.

on-ne-signe-pas
Du côté du parlement européen, quelques députés tentent de tirer la sonnette d’alarme. Parmi eux, la socialiste belge Marie Arena. Dans une tribune, elle a expliqué : « Les APE visent […] à mettre définitivement fin aux préférences commerciales unilatérales accordées par l’UE aux pays ACP depuis 1975 dans le cadre des conventions de Lomé. Certains prétendent aujourd’hui que ces préférences […] étaient une concession faite par l’UE aux pays ACP. […] Soyons clairs : ces préférences n’ont été accordées par l’Europe que dans l’unique but de maintenir une relation exclusive avec ses anciennes colonies et de répondre aux besoins d’importations en matières premières à tarif préférentiel. » Elle rejoint ainsi l’analyse de Lala Hakuma Dadci, qui parle d’une « logique néocoloniale consistant à profiter du statut dominant de l’UE sur les plans économiques et politiques pour pousser les pays africains à prendre des décisions qui permettront d’assurer des débouchés aux entreprises européennes ».

Cependant, la majorité des eurodéputés reste favorable au libre-échange et ceux qui pourraient être sensibles aux arguments des opposants aux APE sont sous-informés : « Les APE, sujet technique et complexe, mobilisent moins les collègues et les opinions que le Tafta ou le Ceta [Compre­hen­sive Economic and Trade Agree­ment – ndlr] », regrette Emmanuel Maurel. Il ajoute : « Je ne crois pas qu’il y ait de la part de la Commission européenne une volonté de ruiner l’Afrique. Il y a plutôt un aveuglement idéologique : elle considère que le libre-échange est une bonne chose. Chez les négociateurs, c’est la routine, “business as usual” : ils négocient tous les accords de la même façon, ne se posent pas de questions sur les conséquences, ont tendance à plaquer nos schémas européens alors que les contextes africains n’ont absolument rien à voir. » Il espère qu’une « procédure d’objection » aux pratiques de la Commission européenne en matière d’actes délégués, déposée par son groupe social-démocrate, permettra de faire enfin la lumière sur les APE et leur contenu. Cette objection devrait être débattue au parlement européen lors de sa prochaine session plénière, en septembre.

Le feuilleton APE est donc loin d’être terminé. Pour Ndongo Sylla, il s’inscrit dans un cadre plus large, comme il l'a analysé dans une tribune « Les APE, comme le Tafta et le Ceta, ne sont rien d’autre que des stratégies politiques pour renforcer encore plus la mainmise des multinationales sur les échanges commerciaux et financiers globaux. » À Mediapart, l'économiste précise : « Nous savons que, même si nous obtenons que l’APE Afrique de l'Ouest ne soit pas ratifié, la suite sera difficile, tant nos dirigeants sont convaincus par les thèses néolibérales. Mais la lutte continuera. »